Auteur de films Jean Luc Godardpeut-être le plus grand nom de la Nouvelle Vague française, est malheureusement décédé à l’âge de 91 ans. Il était le dernier directeur vivant de la Nouvelle Vague française, qui comprenait également des réalisateurs tels que Francois Truffaut, Agnès Vardaet Éric Rohmer. Godard laisse dans le deuil son partenaire de longue date, le cinéaste suisse, Anne-Marie Miéville. Godard était autrefois marié à sa fréquente collaboratrice, l’actrice Anna Karine. Elle a joué dans plusieurs de ses films dont, Pierrot le fou, Le petit soldatet Une femme est une femme. Karina est décédée à l’âge de 79 ans en décembre 2019.

Godard a passé sa carrière à créer des œuvres cinématographiques qui défient les genres et suscitent la réflexion depuis les années 1960. Peu de cinéastes peuvent revendiquer une carrière aussi aventureuse que lui, la gamme stylistique et thématique de son travail étant aussi diversifiée que possible. De la sensibilité pop-art de son travail du milieu des années 60 comme Pierrot Le Fou à ses films politiques volatils du début des années 70 et aux projets de plus en plus abstraits qui ont suivi, les films de Godard sont à la fois reconnaissables et impossibles à cerner. Même si chaque sortie est imprévisible, il conserve toujours un style de marque qui a influencé plusieurs générations de cinéastes. On peut facilement voir Godard dans le mélange des genres obsédé par le cinéma de Quentin Tarantinole subversif, le transgresseur des règles de Martin Scorsese, Jim Jarmusch’s hipness sans vergogne, ou Wong Kar-Wai’s esthétique hyper stylisée. Vraiment, ce serait difficile pour n’importe qui cinéaste contemporain à ne pas être influencé par Godard, même indirectement.

Mais l’œuvre de Godard lui-même est tout à fait inimitable. Surtout au cours de sa première décennie en tant que cinéaste au cours de laquelle il a réalisé pas moins de 15 longs métrages impressionnants en sept petites années, l’enfant terrible du cinéma français travaille avec une constance qui ne sacrifie pas la qualité au profit de la quantité. Au lieu de l’un ou de l’autre, Godard a choisi les deux et a réalisé à cette époque certaines des œuvres les plus influentes de tout le cinéma. N’ayant cessé de respirer depuis plus de quelques années, l’ensemble de l’œuvre de Godard est indéniablement intimidant. Heureusement, nous avons rassemblé onze des images essentielles de Godard à apprécier.

À bout de souffle (1960)

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Image Via la Société nouvelle de cinématographie

À bout de souffle est l’un de ces films que, dans une certaine mesure, il est difficile de ne pas tenir pour acquis – ou du moins de sous-estimer rien que pour sa pure invention. Si vous regardez des films, vous avez vu certains effets de son influence. Dire que Godard a réécrit les règles du cinéma avec son premier long métrage peut sembler hyperbolique, mais ce n’est sûrement pas le cas. Il y a le style, avec toutes les coupes sautées discordantes, le jazz optimiste et le travail de caméra portable freestyle. Et il y a les étoiles, Jean-Paul Belmondo (qui allait bientôt exploser dans la célébrité internationale) et Jean Seberg. Voilà donc son attitude, trop cool pour s’en soucier, distant, nihiliste. C’est spontané, improvisé, et ses personnages, ni héros ni anti-héros, juste des gens, possèdent un charisme contagieux. À bout de souffle est un cri de ralliement comique et riche en couches pour la naissance d’un nouveau type de cinéma.

Bande d’étrangers (1964)

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Image via Columbia Pictures

Se baptisant « Jean-Luc ‘Cinema’ Godard » dans le générique d’ouverture, le cinéaste français présente un sac d’astuces stylistiques dans Bande d’étrangers. Dans ce qui est l’une de ses images les plus emblématiques et les plus influentes, Godard suit un couple de fainéants obsédés par le cinéma (Sami Frei et Claude Brasseur) car ils incluent une jeune femme (Anna Karina) dans leurs projets de vol. Ce qui aurait pu autrement être une cabriole droite est devenu un jeu cool comme l’enfer dans les rues parisiennes avec trois jeunes branchés. Il y a tellement de choses à aimer ici, avec la fameuse « minute de silence », le sprint à travers le Louvre ou l’emblématique danse de Madison. C’est l’une des œuvres les plus accessibles de Godard, et certainement sa plus charmante.

Mépris (1963)

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Image via Marceau-Cocinor

Adapté d’un roman italien de Alberto Moravie, Mépris place une production cinématographique troublée (une adaptation de l’Odyssée) aux côtés d’un mariage en déclin avec des résultats magnifiques. UN dramaturge (Michel Piccoli) chargé d’adapter la pièce épique à l’écran se retrouve aux prises avec des problèmes apparemment sans fin avec la production, y compris un producteur américain à la gueule forte (Jack Palance) un réalisateur obstiné (Fritz Langjouant glorieusement lui-même), et une femme insatisfaite (Brigitte Bardo). Ce qui est incroyable, c’est combien de choses le mépris est à la fois : c’est une tragédie romantique, une critique de l’industrie cinématographique, une thèse sur le concept d’adaptation littéraire, et une lettre d’amour au cinéma lui-même. C’est la seule fois où Godard a flirté avec la réalisation d’un film à gros budget. C’est une réalisation stupéfiante et l’un des plus grands films jamais réalisés.

Vivre sa vie (1962)

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Image via Panthéon Distribution

Vivre Sa Vie met en vedette une jamais meilleure Anna Karina dans le rôle de Nana, une parisienne qui se tourne vers le travail du sexe lorsqu’elle a un besoin urgent d’argent. Au cours de 12 chapitres, le film regarde Nana avec une approche documentaire, capturant ses actions dans une cinématographie nette en noir et blanc. Godard joue avec la forme et la structure en utilisant ses montages sautés désormais célèbres, ses mouvements de caméra et de nombreux autres dispositifs stylistiques pour renforcer la nature fictive de l’œuvre. Au centre du film, cependant, se trouve Karina, dont la performance crée un personnage charmant et sympathique qui mérite d’être étudié. Elle rit et pleure, danse et philosophe, fume, boit et vit. Et pendant un peu plus de 80 minutes, rythmé par une partition orchestrale du fabuleux Michel Legrandnous arrivons à vivre avec elle.

Pierrot Le Fou (1965)

pierrot le fou
Image Via Société Nouvelle de Cinématographie (SNC)

Dans l’esprit de ses précédentes images multi-genres, Godard signe avec Pierrot Le Fou un film au charme contagieux.. Jean-Paul Belmondo et Anna Karina jouent le rôle d’un couple d’amants maudits qui le lâchent après une série de rencontres défavorables avec des marchands d’armes. La culture savante est écrasée contre la culture peu scrupuleuse, et les dessins animés et Laurier et Hardy routines trouver une place à côté de l’art de Diego Velazquez. Avec suffisamment de numéros musicaux spontanés, de séquences d’action dramatiques et de pauses au quatrième mur pour satisfaire tout cinéphile, Pierrot Le Fou est Godard à son apogée pop-art et post-moderniste. C’est du cinéma pour le cinéma et, pour citer le réalisateur américain Samuel Fuller (qui fait une apparition comme lui-même), « un mot : émotion ».

Alphaville (1965)

image d'alphaville
Image via Athos Films

Bien sûr, Godard n’a jamais été du genre à s’en tenir aux directives traditionnelles du genre, il n’est donc pas surprenant que son incursion dans la science-fiction soit imprévisible. Fusionnant des éléments noirâtres dans sa vision dystopique du futur, Alphaville plume le personnage fictif Lemmy Caution (Eddie Constantin) de ses livres de détective durs (écrits par l’écrivain britannique Pierre Cheyney)​​ et le place dans l’Alphaville titulaire alors qu’il recherche le créateur du programme informatique dictatorial Alpha 60. Le résultat est une juxtaposition audacieuse du passé et du futur, les durs à cuire de la vieille école de Caution étant opposés aux Alpha 60. l’intellectualisme froid et inhumain. Avec sa cinématographie carrée expressionniste en noir et blanc et son esthétique futuriste, Alphaville est un régal qui ravira à coup sûr les fans de Godard et les accros de la science-fiction.

Masculin Féminin (1966)

Image Masculin Féminin
Image via Columbia Films SA

La culture de la jeunesse française des années 1960 est capturée avec beaucoup de versimilitude dans Masculin Féminin. Lorsqu’un jeune idéaliste politique (Jean-Pierre Léaud) s’éprend d’une future chanteuse pop (Chantal Goya), les deux découvrent rapidement à quel point leurs convictions inébranlables sont différentes. Godard capte l’angoisse (et la joie de vivre) des jeunes tout en examinant les mouvements politiques et culturels de l’époque. Les personnages sont interviewés directement de manière faux-documentaire, leur permettant d’exprimer leurs opinions sur une grande variété de sujets. C’est un film léger et léger qui offre également sa juste part de thèmes importants enfouis à l’intérieur.

Week-end (1967)

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Image Via Athos Films

Fin de semaine est une promenade chaotique à travers une vision anarchique de la France de 1967, dans laquelle un couple bourgeois (Mireille Darc et Jean-Yanne) dans l’espoir d’obtenir un héritage d’un patriarche mourant. Dans ce qui est l’un des films les plus féroces de Godard, le récit sombre dans la folie totale. Le réel se mêle au surréaliste au fur et à mesure que le voyage devient de plus en plus fantastique. Des personnages d’autres œuvres littéraires apparaissent et disparaissent apparemment au hasard. Une série d’accidents de voiture violents ponctuent les segments narratifs qui eux-mêmes ne s’enchaînent que de manière lâche. Dans ce qui commence par une longue prise lente à travers un embouteillage prolongé et se termine par une carte de titre déclarant la fin du cinéma, Weekend est une vision colérique et apocalyptique de la société française et une mise en accusation brûlante du classisme.

La Chinoise (1967)

image du film lachinoise
Image via Athos Films

L’une des dernières étapes de Godard avant d’embrasser sa période intellectuelle et politique qui durera plus d’une décennie, La Chinoise dépouille encore plus le placage du récit traditionnel de l’œuvre de Godard. Le film est centré sur un groupe d’étudiants universitaires français lisant Mao alors qu’ils entretiennent des dialogues politiques et philosophiques les uns avec les autres. Avec Anne Wiazemski et Jean-Pierre Léaud mettant en vedette deux des étudiants mécontents, ce travail féroce se situe à la frontière entre le politicisme sérieux et la hipness papiste. Godard mélange ses théories politiques compliquées avec des gags visuels et des allusions cinématographiques. C’est un film frais et jeune qui rassemble la plupart de ce que Godard a fait au cours de la dernière décennie en une seule œuvre.

Roi Lear (1987)

le roi lear jean luc godard 1987
Image via Cannon Films

La production de Godard de Le Roi Lear est bien moins une adaptation de la pièce qu’un abandon complet du processus d’adaptation lui-même. Vraiment, il n’y a pratiquement plus rien qui ressemble à distance à la pièce de Shakespeare. Au lieu de cela, le film est un barrage incessant d’images étranges, de citations et de références extratextuelles. Bien qu’un véritable synopsis soit essentiellement impossible ici, on peut tout simplement dire que le film suit William Shakespeare Jr. the Fifth (Pierre Sellars) alors qu’il tente de réassembler les œuvres de son ancêtre dramaturge à la suite d’un événement apocalyptique. Ce qui suit est une vision limite incompréhensible de l’un des artistes les plus audacieux du cinéma. Avec des apparitions de Norman Mailer, Molly Ringwaldet Godard lui-même, le roi Lear est un canon de culture multigénérationnel qui ne ressemble vraiment à rien d’autre qui ait jamais été filmé.

Adieu au langage (2014)

adieu à l'image du langage
Image via Wild Bunch

Au plus profond de sa carrière de cinéaste, Godard a depuis longtemps abandonné les films narratifs traditionnels au profit d’essais visuels et de morceaux de philosophie émouvante peu complotés. Dans Adieu à la langue, il pousse une fois de plus son expérimentation technique encore plus loin en utilisant la cinématographie 3D dans des images volontairement décousues. Avec une longue liste de références littéraires, culturelles et philosophiques qui servent d’aperçu encyclopédique de l’éclat apparemment illimité de Godard, ainsi qu’une méthode vraiment révolutionnaire de superposition de plans 3D afin de transmettre une idée, Goodbye to Language capture la poésie inhérente à une image en mouvement et étudie (encore une fois) la faillibilité des mots.

Icône du cinéma, et véritable maître de son art, Jean-Luc Godard était un réalisateur pas comme les autres. Inutile de dire que Jean-Luc Godard nous a laissé une œuvre variée, vibrante et mémorable qui sera célébrée bien après sa mort.